Estimer et chiffrer sont deux exercices différents, poursuivant deux buts différents. Les confondre est à l'origine de la plupart des conflits autour des délais.
Ce qui les sépare
Chiffrer produit un engagement : une valeur en jours ou en euros, dont on répondra. C'est un exercice contractuel, légitime quand le périmètre est connu.
Estimer produit une compréhension partagée : un ordre de grandeur relatif, qui sert à décider quoi faire ensuite. Ce n'est pas un engagement, et le présenter comme tel détruit sa fiabilité.
Estimer, chiffrer
| Estimer | Chiffrer | |
|---|---|---|
| Le but | Comprendre et comparer | S'engager |
| L'unité | Relative, sans dimension | Jours, euros |
| Qui le fait | L'équipe qui réalisera | Souvent quelqu'un d'autre |
| Ce qu'on cherche | L'écart entre les avis | Un nombre unique |
| Le temps passé | Quelques minutes par élément | Des jours d'analyse |
| Sa fiabilité | Bonne en cumulé, faible à l'unité | Illusoire tôt dans le projet |
| Quand c'est utile | À chaque affinage | Quand le périmètre est figé |
Un chiffrage reste légitime : sur un périmètre connu, il répond à une vraie question.
Pourquoi estimer en relatif
Parce que les humains comparent bien mieux qu'ils n'absolutisent. Demandez à quelqu'un la hauteur d'un bâtiment en mètres : il se trompera. Demandez-lui s'il est plus haut que celui d'à côté : il aura raison.
L'estimation relative exploite cette compétence. On ne demande pas combien de jours, mais si cet élément est plus gros que celui-là. Le résultat est plus rapide à obtenir et, en cumulé sur un sprint, plus fiable qu'une somme d'estimations en jours.
Elle a un autre avantage : elle ne peut pas être confondue avec un engagement de délai, ce qui coupe court à une conversation malsaine.
La vélocité, et son détournement
La vélocité est la quantité de points réalisée par sprint, observée sur plusieurs sprints. Elle sert à l'équipe pour se projeter, et à personne d'autre.
Dès qu'elle devient un objectif ou un instrument de comparaison entre équipes, elle cesse d'être fiable : les points augmentent sans que rien de plus ne soit livré. C'est la mécanique bien connue d'un indicateur transformé en cible, et l'un des symptômes du théâtre agile.
Deux équipes ne se comparent jamais en points : leurs échelles sont locales et arbitraires, et c'est très bien ainsi.
