Le backlog produit n'est pas un cahier des charges découpé. C'est une liste ordonnée, vivante, volontairement plus précise en haut qu'en bas. Cette dernière propriété est celle qu'on comprend en dernier, et c'est la plus importante.
Trois propriétés
Ordonné, pas classé. Il n'y a pas trois niveaux de priorité : il y a un ordre. Ce qui est en haut passe avant ce qui est en dessous, sans exception. C'est inconfortable, et c'est précisément l'intérêt.
Vivant. Il change à chaque sprint, à mesure que le produit et sa compréhension évoluent. Un backlog qui n'a pas bougé depuis trois mois est un cahier des charges qui a changé de nom.
À granularité variable. Le haut est fin et prêt ; le bas est grossier et assumé comme tel. C'est l'application directe de l'effet Richardson : détailler le lointain produit une précision fausse sur un périmètre qui bougera.
Un entonnoir
En haut, prêt pour le sprint. Des éléments compris de tous, estimés, avec des critères d'acceptation. L'équipe peut les prendre sans nouvelle investigation.
Au milieu, en cours d'affinage. Des éléments discutés mais pas encore prêts. C'est là que se fait le raffinement, un peu à chaque sprint, sans en faire un événement lourd.
En bas, des intentions. Des idées, des hypothèses, des demandes non instruites. Les détailler serait du gaspillage : la moitié ne sera jamais construite.
Hors du backlog, ce qu'on ne fera pas. Assumer une liste de refus explicite évite que les mêmes demandes reviennent chaque trimestre.
La user story, une invitation à parler
La formulation habituelle, en tant que… je veux… afin de…, n'a d'intérêt que par sa troisième partie. Le afin de porte l'intention, et c'est lui qui permet à l'équipe de proposer une solution différente et meilleure.
Une story n'est pas une spécification. C'est un pense-bête pour une conversation à avoir. Si la conversation n'a pas lieu, le format ne sert à rien et l'on a simplement écrit un ticket plus long.
Les critères d'acceptation complètent la story : ils disent comment on saura que c'est fait, en termes observables. Ils se discutent avant de commencer, pas à la revue.
La définition de fini
C'est l'accord de l'équipe sur ce que veut dire terminé : testé, documenté, déployable, ce que l'équipe décide. Elle est unique pour toute l'équipe et ne se négocie pas élément par élément.
Sans elle, fini veut dire quelque chose de différent pour chacun, et la transparence devient impossible : on croit avancer, on accumule du travail non terminé.
