Le cône d'incertitude énonce une chose simple et rarement prise au sérieux : c'est au tout début d'un projet, quand on en sait le moins, qu'on exige les engagements les plus précis.
Une marge qui se referme, pas qui s'ouvre
Au démarrage, l'écart entre l'estimation et la réalité est maximal. Il ne se réduit pas parce qu'on aurait mieux réfléchi, mais parce qu'on avance : chaque livraison, chaque retour d'utilisateur, chaque difficulté rencontrée retire de l'incertitude.
La forme en cône vient de là. Large au départ, il se resserre au fur et à mesure. Aucune quantité d'analyse initiale ne le referme ; seule l'expérience le fait.
Large au départ, étroit à l'arrivée
La météo, en somme
Une prévision à trois jours est fiable. À trois semaines, elle ne l'est pas. Cela n'a rien d'un aveu d'incompétence.
Le parallèle avec la prévision météorologique est utile parce qu'il est familier de tout le monde. Une prévision à trois jours est fiable. À dix jours, elle indique une tendance. À trois semaines, elle n'a plus de valeur opérationnelle, et personne ne songerait à s'en plaindre auprès du météorologue.
En septembre 2017, l'ouragan Irma a illustré ce point à grande échelle : les modèles de trajectoire divergeaient nettement à plusieurs jours d'échéance, et convergeaient à mesure que l'échéance se rapprochait. La divergence n'était pas une faute de calcul, c'était l'état réel de la connaissance à ce moment-là.
Personne ne demande à un météorologue un engagement ferme à trois semaines. On le demande pourtant tous les jours à des équipes projet, sur des sujets tout aussi complexes.
Trois conséquences pratiques
Aucune ne dit qu'il ne faut pas planifier. Toutes disent quand, et à quelle précision.
Le plan initial est le moins fiable de tous. Il est produit au moment de connaissance minimale. Le traiter comme un engagement ferme, c'est figer la décision la plus mal informée du projet.
Un engagement long est une convention, pas une vérité. On peut s'engager sur une direction, sur un budget d'exploration, sur une date de première livraison. S'engager sur un périmètre exhaustif à douze mois relève de l'accord social, pas de la prévision.
Replanifier n'est pas échouer. C'est la seule façon d'exploiter l'information acquise. Une équipe qui n'a jamais ajusté son plan n'a rien appris, ou n'ose pas le dire.
