Le cadre Cynefin, proposé par Dave Snowden, ne dit pas quelle méthode est la meilleure. Il dit dans quel type de situation vous êtes, et donc quelle façon de décider est adaptée. C'est un outil de diagnostic, pas un outil de prescription.
Choisir sa méthode après avoir situé le problème
L'erreur la plus fréquente en organisation n'est pas de mal appliquer une méthode. C'est d'appliquer une bonne méthode à une situation qui n'est pas la sienne. Un plan détaillé sur un problème complexe échoue ; une exploration tâtonnante sur un problème simple gaspille du temps.
Cynefin propose quatre domaines. Chacun appelle une séquence d'action différente, et c'est cette séquence qui compte, plus que le nom du domaine.
Quatre domaines, quatre gestes
Le verbe qui vient en premier change tout. Analyser d'abord ou sonder d'abord, ce n'est pas la même organisation.
Clair
Constater, catégoriser, répondre. La relation de cause à effet est évidente pour tout le monde. Les bonnes pratiques existent et il suffit de les appliquer.
Compliqué
Constater, analyser, répondre. La relation existe mais demande une expertise pour être vue. Il y a de bonnes pratiques, plusieurs même, et un expert sait laquelle choisir.
Complexe
Sonder, constater, répondre. La relation de cause à effet ne se voit qu'après coup. Aucune analyse préalable ne la révèle. Il faut expérimenter pour apprendre.
Chaotique
Agir, constater, répondre. Il n'y a pas de relation de cause à effet identifiable. L'urgence prime : on stabilise d'abord, on comprend ensuite.
Ce que ça change concrètement
Dans le clair et le compliqué, une démarche séquentielle est légitime. On peut analyser, planifier, exécuter. Le cycle en V y a toute sa place, et prétendre le contraire serait une posture, pas un raisonnement.
Dans le complexe, la séquence s'inverse. On ne peut pas analyser une situation dont les relations de cause à effet n'apparaîtront qu'après l'action. Il faut donc sonder : mener une expérience sûre, observer ce qui se passe réellement, et répondre à ce qu'on a vu. C'est exactement la définition d'une itération.
Autrement dit : l'itération n'est pas un choix de style, c'est la seule méthode d'apprentissage disponible dans le complexe.
Le piège organisationnel
La plupart des entreprises traitent le complexe comme du compliqué. Elles répondent à l'incertitude par plus d'analyse, plus de documentation, plus de comités. C'est une réaction naturelle, et elle aggrave le problème : le temps passé à analyser est du temps pendant lequel on n'apprend rien, puisque l'apprentissage vient de l'action.
Reconnaître ce glissement demande un vocabulaire précis, et c'est l'objet de la page suivante.
